RSE
05.12.2025

Bilan Carbone® et rapport VSME : l’exemple inspirant de la TPE Perdelle

Contexte et enjeux RSE pour les TPE

Dans le contexte actuel, la transition écologique et la responsabilité sociétale (RSE) sont devenues des enjeux majeurs pour toutes les entreprises, y compris les TPE. Les objectifs de neutralité carbone à l’horizon 2050, la pression réglementaire croissante (CSRD, Green Deal, obligations climatiques) et les attentes des clients ou des financeurs imposent aux petits acteurs de mesurer et réduire leur impact environnemental. Pour rester compétitives, les TPE doivent désormais intégrer la dimension carbone dans leurs stratégies et leur pilotage, sans attendre les obligations qui touchent d’abord les grandes structures. D’autant plus qu’une démarche RSE bien conduite peut améliorer la gestion des ressources, ouvrir l’accès à des financements verts et valoriser l’image de l’entreprise auprès des partenaires.

Présentation de Perdelle et de sa démarche RSE

Perdelle est une TPE française qui conçoit des dispositifs ergonomiques – des supports articulés pour postes de travail – destinés à alléger les gestes et prévenir les troubles musculo-squelettiques. Depuis sa création, l’entreprise s’est distinguée par une vision du « juste nécessaire » : ses produits allient confort et robustesse avec une mécanique épurée et des matériaux soigneusement choisis. Ce souci de simplicité et de durabilité s’inscrit naturellement dans une démarche RSE, même si jusqu’à présent les actions environnementales et sociales restaient peu formalisées. En 2024, Perdelle a décidé de franchir un nouveau cap en réalisant son premier Bilan Carbone® complet. Ce bilan n’a pas été initié comme un simple argument marketing, mais comme un moyen de mesurer concrètement son empreinte écologique et d’intégrer cette donnée dans sa stratégie de conception.

Pourquoi un Bilan Carbone® pour Perdelle ?

Un chef d’entreprise examinant de près une empreinte de pas carbone dessinée sur un rapport, à l’aide d’une loupe, avec en arrière-plan des symboles d’usine polluante d’un côté et des solutions vertes de l’autre (panneaux solaires, éoliennes), illustrant l’analyse de l’empreinte carbone et les leviers d’action.

Le Bilan Carbone® est un outil de mesure des émissions de gaz à effet de serre d’une entreprise (CO₂ et autres GES) sur l’ensemble de son activité (scopes 1, 2 et 3). Pour Perdelle, réaliser ce bilan a constitué un véritable « point de départ » stratégique : il s’agissait à la fois de comprendre d’où proviennent ses émissions et de définir des objectifs de réduction pertinents. L’enjeu était clairement de travailler avec rigueur et transparence (pas d’« effet d’affichage ») : nous avons mobilisé la méthodologie officielle de l’ADEME (collecte détaillée des données d’activité, facteurs d’émission de la Base Carbone, ventilation par scope) avec l’appui de Lita pour consolider un bilan fiable et complet.

Les résultats du bilan ont confirmé plusieurs constats importants : l’empreinte carbone totale de Perdelle est d’environ 24,7 tCO₂e sur la période considérée, dont près de 97 % provient du scope 3 (émissions indirectes liées à la chaîne de valeur). En comparaison, les émissions internes (locaux de production, chauffage, électricité des bureaux) représentent moins de 3 %. Autrement dit, Perdelle fonctionne sur un modèle industriel léger : son impact direct est minime (locaux sobres, efficacité énergétique), tandis que les postes externalisés concentrent l’essentiel des émissions (découpe, usinage, transport, etc.).

L’analyse par poste a notamment mis en lumière l’importance des matériaux utilisés dans chaque dispositif. Les matières premières comme l’acier, l’aluminium ou les plastiques techniques ont un poids carbone significatif dans la fabrication. Par exemple, l’intégration d’aluminium (performant mécaniquement mais très émissif) accroît naturellement l’empreinte par rapport à une structure en acier recyclé. Le bilan a quantifié précisément la contribution de chaque matériau dans la composition des modèles. Ces données permettent d’orienter l’écoconception : privilégier les matériaux bas carbone (acier recyclé, bois local, etc.) et limiter l’usage des alliages très émissifs.

Les enseignements clés du bilan sont donc les suivants :

  • Majorité d’émissions indirectes (≈97 %) : l’essentiel de l’empreinte de Perdelle provient des prestations externalisées. Cela souligne l’importance de collaborer étroitement avec les fournisseurs pour fixer des objectifs de réduction partagés.
  • Sobriété des émissions internes (≈3 %) : l’entreprise présente une faible empreinte en interne, cohérente avec son modèle compact. On en conclut que l’amélioration majeure viendra de la chaîne de valeur plutôt que des infrastructures propres.
  • Impact variable selon les produits : le bilan a établi l’empreinte carbone unitaire de chaque produit. On observe que les dispositifs plus légers et intégrant du bois (comme le modèle Taya) affichent une signature carbone beaucoup plus basse (environ 6,5 kgCO₂e) que les modèles Néo et Swan (≈12–14 kgCO₂e). Cela confirme que la conception (choix des matériaux, poids, architecture) est un levier puissant pour réduire les émissions.

Ce Bilan Carbone® pose ainsi des bases opérationnelles concrètes : il fournit des chiffres objectifs pour guider la conception future (favoriser les matériaux locaux et bas carbone, limiter les alliages émissifs), optimiser la logistique et prioriser les actions (par exemple cibler en priorité les sous-traitants clés). Plus qu’un simple exercice comptable, c’est un outil de pilotage qui fait le lien entre les enjeux RSE et la stratégie produit. Grâce à ce travail, Perdelle est désormais en mesure de construire un plan d’actions cohérent et chiffré, aligné avec sa vision de long terme.

Pourquoi un rapport VSME ? Apports et articulation avec le Bilan Carbone®

un dirigeant de petite entreprise en train d’analyser un rapport de durabilité structuré sur un grand écran, avec la mention « Rapport VSME »

Le rapport VSME (Voluntary Sustainability Reporting Standard for non-listed SMEs) est une norme volontaire européenne qui permet de normaliser le reporting RSE des TPE. Pour Perdelle, rédiger un rapport VSME a été l’occasion de structurer tous les éléments de sa démarche durable dans un format unique. Concrètement, la norme VSME a apporté à Perdelle plusieurs bénéfices opérationnels :

  • Standardisation du reporting RSE : le rapport VSME fournit un cadre clair (modules « Basic » et « Complet ») pour synthétiser les informations environnementales, sociales et de gouvernance (ESG). Au lieu de répondre à de multiples questionnaires clients ou financiers, Perdelle remplit un document normé unique, réduisant ainsi la charge administrative.
  • Crédibilité et image renforcée : publier un rapport VSME montre les engagements de Perdelle de manière transparente. Ce niveau d’information améliore sa réputation auprès des partenaires (grands donneurs d’ordres, etc.) et peut constituer un argument de différenciation commerciale.
  • Accès facilité au financement : les indicateurs VSME sont alignés sur les exigences des banques et investisseurs (ex. critères PAI/SFDR, exigences de Bâle III). Disposer d’un rapport conforme simplifie la reprise des données par les financeurs et peut faciliter l’obtention de prêts verts ou de subventions.
  • Pilotage stratégique global : la démarche de reporting force l’entreprise à inventorier non seulement son empreinte carbone, mais aussi la consommation d’énergie, l’eau, les déchets, les aspects sociaux (santé/sécurité, formation, etc.) et la gouvernance. Chez Perdelle, par exemple, l’absence de salariés a été formellement signalée (sections B8–B10 non applicables), tout en soulignant les partenariats avec des prestataires d’insertion. Cette vision holistique aide à identifier de nouvelles opportunités et à mieux maîtriser les risques liés à la durabilité.
  • Préparation aux normes futures : adopter la VSME prépare Perdelle aux obligations émergentes (ex. CSRD) de manière progressive. La norme propose une approche modulable (« si applicable ») qui simplifie l’effort initial tout en posant les bases d’une montée en puissance ultérieure des exigences.

Dans la pratique, le rapport VSME de Perdelle s’est directement appuyé sur le Bilan Carbone® déjà réalisé. Par exemple, la section « Énergies et émissions de GES » reprend les 24,7 tCO₂e mesurées, ventilées par scope. Perdelle a choisi le module de base du standard (reporting allégé) et n’a pas communiqué certaines données sensibles (comme l’intensité carbone par rapport au chiffre d’affaires). Pour maintenir un haut niveau de transparence, l’entreprise a substitué cette donnée par l’empreinte carbone unitaire par produit (kg CO₂e par exemplaire), calculée sur la base du Bilan Carbone® analytique. Cet indicateur met en avant la performance environnementale de chaque dispositif sans révéler les informations financières de l’entreprise.

Ce rapport VSME offre ainsi une lecture globale de la performance durable de Perdelle. Il formalise les pratiques existantes (gestion des déchets, charte de gouvernance, etc.), consigne les indicateurs chiffrés et crée un référentiel unique pour le suivi futur. En résumé, la VSME complète le Bilan Carbone® en l’inscrivant dans un cadre plus large : ensemble, ces deux démarches structurent la RSE de l’entreprise et fournissent un socle clair pour piloter les progrès à venir.

Ce que ces démarches révèlent sur le pilotage RSE en TPE

L’exemple de Perdelle met en lumière plusieurs enseignements utiles pour les experts-comptables et les TPE. D’abord, ces démarches exigent une rigueur méthodologique : collecter des données fiables (chiffre d’affaires, consommations, volumes transportés, etc.) et appliquer correctement les facteurs d’émission (Base Carbone ADEME) demande du temps et des compétences. Les dirigeants de TPE, aux ressources internes souvent limitées, ont tout intérêt à s’entourer de conseils (par exemple via l’expert-comptable ou un consultant spécialisé) pour éviter les erreurs de calcul.

Ensuite, la chaîne de valeur apparaît au cœur du pilotage RSE : l’essentiel des émissions de Perdelle étant externalisé, l’entreprise doit agir en concertation avec ses partenaires. Il s’agit de dialoguer avec les fournisseurs (matières premières, usinage, transport…) pour fixer des objectifs de réduction communs et partager les bonnes pratiques. Cette implication des sous-traitants est un défi spécifique aux TPE dont les activités lourdes sont déléguées.

On note aussi l’importance de la cohérence globale : chez Perdelle, la démarche carbone s’aligne naturellement sur la culture interne (sobriété, longévité des produits). Cette cohérence évite que l’initiative soit perçue comme un simple exercice de communication. De plus, l’approche modulable du VSME est un atout : elle permet à une TPE de démarrer avec un reporting de base focalisé sur l’essentiel, puis d’élargir progressivement son périmètre. Cette souplesse proportionnée est cruciale pour entretenir un pilotage RSE durable sans lourdeur administrative.

En résumé, ces deux démarches fournissent un socle de pilotage RSE concret pour Perdelle. Elles confirment qu’en mesurant précisément leurs impacts, les TPE peuvent transformer l’enjeu environnemental en levier stratégique (innovation produit, économies d’énergie, accès à de nouveaux financements). La RSE devient ainsi pour ces entreprises un véritable tableau de bord, intégré à la gestion quotidienne.

visuel de 3 matériaux : acier, aluminium et bois

Conclusion : un exemple utile pour les experts-comptables

L’accompagnement de Perdelle illustre le rôle clé que peuvent jouer les cabinets comptables dans la transition durable des TPE. Ce cas montre qu’un Bilan Carbone® et un rapport VSME sont accessibles et bénéfiques même pour une structure modeste. Pour les experts-comptables, c’est une véritable opportunité de renforcer leur mission de conseil :

  • Intégration du RSE dans le conseil classique : proposer un Bilan Carbone® ou un reporting VSME enrichit l’analyse au-delà des données financières. L’expert-comptable peut ainsi aider son client à intégrer des indicateurs environnementaux dans ses tableaux de bord et à évaluer l’impact des décisions opérationnelles.
  • Collecte et fiabilisation des données RSE : le cabinet peut mettre en place les outils (tableaux de suivi, calculettes ADEME, logiciels adaptés) qui facilitent la collecte des données ESG. Cette fiabilisation garantit des reportings cohérents et prêts pour d’éventuelles obligations futures.
  • Renforcement de la relation client : accompagner un dirigeant dans ces démarches démontre la valeur ajoutée du cabinet. Cela installe un partenariat de confiance et conforte le rôle de l’expert-comptable comme allié stratégique de l’entreprise.
  • Avantage concurrentiel pour le cabinet : en maîtrisant ces nouveaux sujets, le cabinet se différencie sur le marché. Il répond à une demande croissante (banques, réseaux d’affaires, grands comptes) d’experts-comptables compétents en RSE.

La réussite de Perdelle prouve enfin qu’aider une PME à établir son Bilan Carbone® et son rapport VSME est un investissement rentable : cela prépare l’entreprise aux exigences futures tout en améliorant sa performance opérationnelle (réduction des coûts énergétiques ou matières, accès à de nouveaux financements). Les experts-comptables possèdent la méthodologie, la rigueur et la proximité avec le dirigeant pour transformer l’engagement RSE en levier concret de compétitivité. En intégrant ces services à leur offre, ils affirment leur rôle d’alliés stratégiques et participent activement à la compétitivité durable du tissu économique local.